Impayés de loyer et APL : ce qui change au 1er janvier 2027
« Dès 450 euros d'impayé, votre APL est menacée. » Cette phrase circule depuis février, et elle est inexacte. Deux décrets du 12 février 2026 changent bien la façon dont un retard de loyer est repéré, signalé et traité quand on touche une aide au logement. Mais leur esprit est le maintien de l'aide, pas sa coupure. Voici ce que dit le texte, ce qu'il ne dit pas, et quoi faire dès le premier retard.
Mis à jour le 4 novembre 2026 · Par Sarah Lemoine
En résumé
- Les textes : décrets n° 2026-83 et n° 2026-84 du 12 février 2026, publiés au Journal officiel du 13 février.
- La date : les nouvelles règles s'appliquent aux impayés signalés à partir du 1er janvier 2027. Jusqu'au 31 décembre 2026, l'ancienne règle des deux mois reste en vigueur.
- La définition : un impayé existe soit trois mois après un premier défaut de paiement, quel que soit le montant, soit quand il atteint 450 euros. L'un ou l'autre suffit.
- Le principe : l'aide est maintenue en cas d'impayé, même après résiliation du bail, sauf décision de suspension de la CCAPEX dans des cas limités.
- Une urgence : si votre aide est déjà suspendue, un échéancier signé avant le 31 décembre 2026 conditionne les rappels.
- Votre réflexe : écrire à votre bailleur et prévenir la Caf dès le premier retard.
Qu'est-ce qui change pour les impayés de loyer en 2027 ?
Pour comprendre la réforme, il faut d'abord se rappeler l'existant. Depuis la loi Alur de 2014, le principe est le maintien de l'aide au logement quand l'allocataire de bonne foi est en impayé, et un décret du 6 juin 2016 avait défini l'impayé et organisé la procédure d'apurement. C'est ce cadre que l'ADIL de Seine-Saint-Denis appelle « avant la réforme ».
Ce qui change tient en deux étapes. La loi du 27 juillet 2023 contre l'occupation illicite des logements a confié à la CCAPEX, en lieu et place des organismes payeurs, le rôle de décider du maintien ou de la suspension de l'aide. Puis les deux décrets du 12 février 2026 en précisent le fonctionnement : le décret n° 2026-83 organise les commissions (CCAPEX), le décret n° 2026-84 est relatif aux impayés de dépense de logement pour les bénéficiaires des aides personnelles au logement. Les dispositions de procédure entrent en vigueur le 1er janvier 2027, pour laisser aux Caf et à la MSA le temps d'adapter leurs systèmes informatiques.
Une précision sur le vocabulaire : le texte parle de « dépense de logement », c'est-à-dire le loyer (déduction faite de la réduction de loyer de solidarité en HLM) ou la redevance en logement-foyer conventionné, plus les charges. Les mensualités d'un prêt immobilier ou d'une location-accession sont assimilées au loyer.
Seuils d'impayés APL en 2027 : 450 euros ou trois mois
La presse a beaucoup écrit « seuil de 450 euros ». Voici la formulation, telle que la rapporte l'ANIL, le réseau officiel des ADIL, et telle que la reprend le texte du décret publié au Journal officiel du 13 février 2026 : à partir du 1er janvier 2027, un impayé de dépense de logement est constitué dans l'un de ces deux cas :
- trois mois après un premier défaut de paiement constaté par le bailleur, quel que soit son montant, si le ménage n'a toujours pas payé sa dépense de logement ;
- lorsque le montant de l'impayé atteint 450 euros (certains commentaires écrivent « dépasse » : la différence d'un euro n'a pas d'enjeu pratique, mais je signale l'écart de formulation).
Deux paraphrases entendues ici ou là méritent d'être corrigées. La première : un commentaire de l'AFOC parle de deux critères « cumulatifs ». Ils sont en réalité alternatifs (« soit... soit »), le premier atteint déclenche l'impayé. La seconde : « 450 euros » ne veut pas dire « 450 euros de loyer », mais 450 euros de dette de loyer et de charges, après déduction de l'aide si elle est versée au bailleur.
Avant et après : ce que dit la règle actuelle
Pour mesurer le changement, voici la règle encore en vigueur jusqu'au 31 décembre 2026. Service-public.gouv.fr, dans sa fiche sur les loyers impayés vérifiée le 6 août 2026, indique que le propriétaire doit avertir la Caf ou la MSA dès que l'impayé équivaut à deux fois le loyer net (loyer moins aide au logement, hors charges) quand l'aide lui est versée directement, ou à deux fois le loyer hors charges quand l'aide est versée au locataire. Un propriétaire qui ne signale pas l'impayé risque, selon cette fiche, une amende de 8 010 euros.
Autrement dit : jusqu'ici, tout dépendait du montant de votre loyer. Avec un loyer net de 230 euros, le signalement intervenait à 460 euros, avec un loyer net de 100 euros à 200 euros. Dès 2027, un repère unique s'ajoute : trois mois, ou 450 euros. Pour un locataire à faible reste à charge, le signalement peut donc arriver plus tard qu'aujourd'hui, pour un locataire à reste à charge élevé, plus tôt. Je n'en tire pas de règle générale, car cela dépend de chaque dossier.
Comment un impayé est-il signalé ?
La chaîne du signalement, d'après le décret tel que résumé par l'ANIL, comporte trois maillons :
- Le bailleur qui perçoit l'aide transmet la situation à l'organisme payeur (Caf ou MSA) dans un délai de deux mois après la constitution de l'impayé, sauf si la somme a été réglée en totalité entre-temps.
- L'organisme payeur informe la CCAPEX dans les quinze jours qui suivent le signalement du bailleur.
- L'organisme payeur peut aussi saisir la CCAPEX dès qu'il a connaissance d'un défaut de paiement, même s'il n'atteint pas encore le seuil d'impayé. C'est une information, pas une sanction.
Selon l'analyse du cabinet ACHS, spécialisé dans l'accompagnement des bailleurs sociaux, le décret prévoit aussi un volet d'accompagnement : si l'impayé est constitué mais n'atteint pas 450 euros, l'organisme payeur adresse au locataire un courrier de rappel de ses obligations ; au-delà, il lui propose un accompagnement social, à condition d'une reprise du paiement, même partielle, et renouvelle sa proposition si vous ne répondez pas dans le mois. Cet accompagnement peut déboucher sur une orientation vers le fonds de solidarité pour le logement, la commission de médiation ou un dossier de surendettement. Je vous invite à lire ces lignes comme une analyse de praticiens, à confirmer avec votre Caf.
Concrètement, ne cherchez pas à deviner ce que votre bailleur a transmis : demandez-le-lui, et consultez les messages de votre espace allocataire, où la Caf notifie ce qui bloque.
Mon APL peut-elle être suspendue en cas d'impayé ?
C'est la vraie question, et la réponse du décret est plus protectrice que le titre des articles de presse. Le principe posé est le maintien : lorsque le bénéficiaire est en situation d'impayé, l'aide est maintenue, même si le bail a été résilié judiciairement et que l'occupant paie l'indemnité d'occupation et les charges fixées par le juge jusqu'à son départ effectif. Le maintien vaut pour tout allocataire dans l'impossibilité manifeste de faire face à sa dépense de logement.
Cette impossibilité ne peut être remise en cause, selon l'ANIL, que dans deux cas, sur demande de l'organisme payeur à la CCAPEX :
- une décision judiciaire d'expulsion devenue définitive qui a constaté des troubles de jouissance ;
- un document établissant votre capacité financière à régler votre dépense de logement sans compromettre votre subsistance ou celle de votre famille.
À côté, trois situations entraînent une suspension décidée automatiquement par la CCAPEX dès qu'elle en a connaissance : une décision d'expulsion définitive constatant la mauvaise foi de l'allocataire, une décision d'irrecevabilité de sa demande de surendettement fondée sur sa mauvaise foi, ou une fin de prise en charge des mesures de surendettement pour la même raison. La suspension prend effet le premier jour du mois qui suit la notification de la décision à l'organisme payeur : si la décision est notifiée le 12 janvier, elle joue au 1er février.
Notez la différence avec ce que vivent aujourd'hui beaucoup de locataires : notre article sur l'APL suspendue décrit une suspension fréquente tant qu'aucun échéancier n'est signé. Le nouveau cadre place une instance collective, la CCAPEX, entre le signalement et la décision, avec des motifs écrits dans un texte.
Le rôle de la CCAPEX, expliqué simplement
La CCAPEX est une commission départementale de coordination des actions de prévention des expulsions locatives. Son rôle est de faire travailler ensemble les acteurs de la prévention des expulsions autour d'une même situation. Vous la croisez déjà dans une procédure de commandement de payer, où un bailleur personne morale doit la saisir avant d'assigner.
Avec le décret du 12 février 2026, son rôle sur l'aide au logement devient décisionnaire, comme la loi de 2023 le prévoyait. Pour vous, cela veut dire deux choses. D'abord, la décision de suspendre l'aide ne repose plus sur un simple signalement : elle suppose l'un des motifs listés plus haut. Ensuite, un travailleur social peut intervenir en amont : à la demande de la CCAPEX, l'organisme payeur réalise pour les ménages en impayé un diagnostic social et financier, qui doit lui être adressé au plus tard cinq jours ouvrés avant l'audience, d'après l'analyse de l'ACHS. Comme dans toute procédure d'expulsion, ce diagnostic est l'occasion de dire où vous en êtes et ce que vous avez déjà entrepris.
Que faire dès le premier retard de loyer ?
Le même conseil revient dans toutes mes lectures, y compris dans la fiche de service-public.gouv.fr : agir tôt, par écrit, et sur plusieurs fronts à la fois.
1. Parler au bailleur et proposer un plan d'apurement
Service-public conseille de demander un délai de paiement ou d'étaler le règlement en plusieurs fois, et de signer l'accord ensemble : il est préférable de l'écrire. Si le dialogue est difficile, un conciliateur de justice peut intervenir gratuitement. En logement social, notre guide du loyer impayé en HLM détaille la démarche avec les équipes de prévention du bailleur.
2. Prévenir la Caf
Si vous touchez déjà une aide, déclarez le changement de situation qui explique le retard (perte d'emploi, séparation, baisse de revenus) : votre aide peut augmenter. Si vous n'en touchez pas, vérifiez vos droits avec le simulateur APL. Ne laissez surtout pas la Caf l'apprendre par le bailleur.
3. Demander une aide pour la dette
Le FSL peut financer tout ou partie d'une dette de loyer. La demande passe en général par un travailleur social ou le CCAS : prenez rendez-vous tôt, l'instruction est parfois longue.
4. Se faire accompagner gratuitement
SOS loyers impayés répond au 0 805 160 075 du lundi au vendredi (appel gratuit), et l'ADIL de votre département vérifie vos documents sans frais. Si votre situation devient critique, la page urgence logement recense les dispositifs à mobiliser.
5. Ne pas confondre impayé et trop-perçu
Un impayé de loyer, c'est une dette envers votre bailleur. Un trop-perçu, c'est une somme que la Caf vous a versée en trop. Les deux se traitent différemment ; pour le second, lisez notre article sur le trop-perçu d'APL.
Mon APL est déjà suspendue : l'échéance du 31 décembre 2026
C'est le point que personne ne met en avant et qui concerne le plus de lecteurs de cette page. L'ADIL de Seine-Saint-Denis écrit, sur sa page consacrée aux dettes de loyer et à la suspension de l'aide : à défaut de signature d'un échéancier avant le 31 décembre 2026, aucun rappel d'aide au logement ne pourra être versé par la Caf.
Cela rejoint les mesures transitoires du décret (article 5). Pour les impayés constitués à la date du 1er janvier 2027, l'aide suspendue est rétablie sans effet rétroactif. Elle peut toutefois l'être avec effet rétroactif lorsque la situation du bénéficiaire traduit une démarche effective de régularisation, dans trois cas :
- vous exécutez un plan d'apurement signé avant le 1er janvier 2027 : plan amiable avec le bailleur, plan ordonné par le juge (y compris en cas de suspension des effets de la clause résolutoire ou de résiliation du bail), ou plan établi par la Banque de France dans une procédure de surendettement ;
- un nouveau bail a été signé avec effet rétroactif entre le bailleur et vous, à condition de le produire ;
- la dette est intégralement soldée, même sans plan d'apurement.
Si vous êtes dans cette situation, le calendrier est simple : écrivez à votre bailleur cette semaine, faites signer l'échéancier, transmettez-le à la Caf et gardez les accusés de réception. L'ADIL propose un modèle de lettre pour demander un plan d'apurement. C'est probablement la démarche qui a le meilleur rapport effort-résultat de toute cette page.
Ce que la réforme ne change pas
Pour éviter les peurs inutiles, voici ce que ces décrets ne touchent pas, d'après les analyses que j'ai lues :
- La procédure judiciaire : les délais du commandement de payer, de l'assignation et du jugement ne sont pas modifiés par ces textes. Notre guide du commandement de payer reste valable.
- La trêve hivernale : elle ne concerne que l'exécution de l'expulsion, pas le calcul d'une aide.
- Le droit à l'aide : être en impayé ne vous retire pas le droit à l'APL. Le droit se calcule toujours sur vos ressources, recalculées chaque trimestre.
- Le gel de l'APL 2027 : c'est une autre histoire, qui relève du budget et non de ces décrets. Elle fait l'objet de notre article sur l'APL en 2027 et le projet de gel, qui n'est pas voté à ce jour.
- L'obligation de payer : le maintien de l'aide ne supprime pas la dette. Le loyer et les charges restent dus, et une dette qui grossit finit devant le juge.
Mon avis, franchement : cette réforme est plus équilibrée que son image. Elle donne au bailleur un repère simple, à la Caf un cadre d'accompagnement, et au locataire de bonne foi un principe écrit : on ne coupe pas l'aide parce qu'il y a un impayé. Elle exige en retour une chose que le locataire contrôle, ne pas rester silencieux.
Un plan d'apurement, concrètement
On ne sait pas toujours à quoi ressemble un échéancier. Il tient sur une page : la dette totale à une date donnée, le montant que vous versez chaque mois en plus du loyer courant, la durée, les signatures des deux parties, et une phrase qui précise ce que fait le bailleur tant que le plan est respecté (par exemple, ne pas engager de procédure). Reprendre le paiement du loyer courant dès maintenant est la condition que regardent le bailleur, la Caf et, plus tard, le juge.

Choisissez un montant que vous pouvez tenir, pas celui qui impressionne. Un échéancier trop ambitieux, rompu au deuxième mois, est pire que pas d'échéancier. Si vous avez plusieurs dettes en même temps, demandez à un travailleur social ou à un point conseil budget de les passer en revue : parfois, un dossier de surendettement est la meilleure porte de sortie.
Questions fréquentes
À partir de quand un loyer est-il considéré comme impayé par la Caf en 2027 ?
À compter du 1er janvier 2027, un impayé de dépense de logement existe dans deux cas : soit trois mois après un premier défaut de paiement constaté par le bailleur, quel que soit le montant, le ménage n'a toujours pas payé ; soit le montant de l'impayé atteint 450 euros. Il suffit que l'un des deux critères soit rempli. La dépense de logement comprend le loyer et les charges. Jusqu'au 31 décembre 2026, c'est encore la règle des deux mois de loyer qui s'applique.
Mon APL sera-t-elle coupée dès 450 euros de retard ?
Non. Le seuil de 450 euros ou de trois mois sert à qualifier l'impayé et à déclencher le signalement, pas à couper l'aide. Le principe posé par le décret est le maintien de l'aide, même si le bail a été résilié par le juge, sauf décision de suspension de la CCAPEX dans des cas précis : une expulsion définitive constatant des troubles de jouissance, ou la preuve que vous pouvez payer sans compromettre votre subsistance.
Qui décide de maintenir ou de suspendre l'APL en cas d'impayé : la Caf ou la CCAPEX ?
La CCAPEX, la commission départementale de coordination des actions de prévention des expulsions locatives. La loi du 27 juillet 2023 lui a confié ce rôle de décision à la place des organismes payeurs, et le décret du 12 février 2026 en organise la mise en oeuvre à partir du 1er janvier 2027. La Caf ou la MSA la saisit, elle ne tranche plus seule le maintien ou la suspension.
Mon APL est déjà suspendue pour un impayé : que faire avant le 1er janvier 2027 ?
Contactez votre bailleur pour signer un échéancier écrit avant le 31 décembre 2026. L'ADIL de Seine-Saint-Denis précise qu'à défaut de plan signé avant cette date, aucun rappel d'aide ne pourra être versé par la Caf. Un plan d'apurement signé avant le 1er janvier 2027 et exécuté permet un rétablissement de l'aide avec effet rétroactif. Prévenez aussi la Caf et sollicitez le FSL ou un travailleur social.
L'APL est-elle maintenue si mon bail est résilié ?
Oui, c'est le principe retenu par le décret : l'aide est maintenue même si le bail a été résilié judiciairement et que vous payez l'indemnité d'occupation et les charges fixées par le juge jusqu'à votre départ effectif, sauf décision de suspension de la CCAPEX. La suspension prend effet le premier jour du mois qui suit la notification de la décision à l'organisme payeur.
Dans quel délai le bailleur doit-il signaler un impayé à la Caf ?
À partir de 2027, le bailleur qui perçoit l'aide transmet la situation à l'organisme payeur dans un délai de deux mois après la constitution de l'impayé, sauf si la somme due a été réglée en totalité entre-temps. La Caf ou la MSA informe ensuite la CCAPEX dans les quinze jours. Aujourd'hui, service-public.gouv.fr indique que le propriétaire doit prévenir la Caf dès que l'impayé équivaut à deux fois le loyer.
Mis à jour le 4 novembre 2026 · Informations vérifiées sur les sources publiques officielles.
Sources officielles
- Dette de loyer et suspension de l'aide au logement - ADIL de Seine-Saint-Denis (ANIL)
- Décret n° 2026-84 du 12 février 2026 relatif aux impayés de dépense de logement - Légifrance
- Loyers impayés et expulsion du locataire - service-public.gouv.fr
- Aides personnelles au logement : traitement des impayés - AFOC
- À propos du décret 2026-84 du 12 février 2026 relatif aux impayés locatifs - ACHS
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